LA PAGE QUI CRITIQUE LES FILMS
L'INTELLECTUEL
Je suis allé voir JURÉ no2 le nouveau film de Clint Eastwood. En sortant, j’ai entendu une spectatrice demander : *"À quoi cela sert-il de faire des films comme ça ?"* Cette réflexion m’a ramené aux westerns auxquels Clint Eastwood a tant contribué, des récits qui explorent inlassablement les questions de moralité : le bien et le mal, la justice, la vérité. Pour cette génération de cinéastes, c’est ça, le cinéma. L’histoire est celle d’un homme, Justin Kempf, responsable de la mort accidentelle d’une jeune fille, qui se retrouve membre d’un jury chargé de condamner le coupable présumé de ce même crime. Dès le début, le système américain des jurés, vu de l’extérieur, paraît étrange : des citoyens ordinaires décident du sort d’un accusé. Mais ce qui rend le récit fascinant, c’est l’ambiguïté morale de Kempf. Sait-il dès le départ qu’il est le véritable coupable ? Une scène, où il vomit après la première réunion des jurés, suggère qu’il le sait. Pourtant, plus tard dans le film, rien n’indique clairement le moment où il aurait "découvert" sa culpabilité. Ce flou est l’un des axes majeurs du film. Le paradoxe du personnage principal réside dans son rôle au sein du jury : c’est lui, le coupable, qui empêche les autres jurés de condamner un innocent. Il insiste pour examiner davantage les preuves, pour approfondir les débats. Mais agit-il ainsi par culpabilité ou par une volonté sincère de rendre justice ? À ce stade, est-il prêt à se livrer comme l’assassin, même accidentel, de la victime ? Rien n’est moins sûr. Au contraire, il manipule les discussions et finit par agacer les autres jurés, notamment Marcus, qui lui reproche de faire tourner le jury en rond. L’un des rebondissements majeurs du film, peut-être un peu artificiel, est l’éjection d’un juré clé : un ancien policier qui mène une enquête parallèle et commence à percer la vérité. Il est exclu du jury parce que cette pratique est formellement interdite. Cela renforce le sentiment d’une justice bancale, guidée davantage par des règles que par la quête de la vérité. La fin, quant à elle, frappe par son cynisme : Kempf, malgré son rôle décisif dans la condamnation d’un innocent, choisit de ne pas se dénoncer. Son excuse ? La naissance récente de son enfant, qui semble lui offrir une justification morale personnelle. De son côté, la procureure, obsédée par sa carrière politique, se satisfait d’avoir obtenu un coupable, peu importe lequel. Ce dénouement laisse un goût amer, un écho aux dilemmes moraux des westerns où l’honneur, la vérité, et la justice sont souvent bafoués. La question finale du film reste ouverte : si personne ne connaît la vérité, alors la vérité importe-t-elle vraiment ? *Who cares ?*